À travers mon objectif, je deviens un passeur de mémoire. Dans les lieux abandonnés, je ne me contente pas de photographier des murs fissurés ou des objets oubliés : j’écoute ce que ces espaces ont encore à dire. J’y perçois l’atmosphère, les traces du temps, les émotions qui semblent flotter dans l’air.
Chaque détail compte. Une chaise isolée, un journal jauni, une porte entrouverte… autant de fragments qui suggèrent des vies, des gestes, des présences. Je cherche la beauté dans ce qui s’efface, la poésie dans ce qui demeure, la lumière dans ce qui disparaît.
Mes images ne documentent pas seulement des lieux : elles préservent une mémoire fragile. Elles témoignent de moments de joie, de solitude, de travail, de passage. Elles ancrent dans le présent ce qui est voué à disparaître, comme un hommage silencieux à la vulnérabilité et à la résilience.
Mon appareil photo devient alors une fenêtre vers l’invisible, un lien entre ce qui fut et ce qui reste. Une manière de dire que rien ne disparaît tout à fait tant qu’un regard continue de s’y attarder.